Mémoire marquetée
#81

Exposition du 21 février au 2 mars 2019
Vernissage le mercredi 20 février de 18h00 à 21h00

8 - 10, rue des Immeubles-Industriels

Dans la rue, tout le monde connaît « Monsieur Josnin ». Carré, robuste, dépourvu de manières inutiles — une marque de fabrique des artisans du quartier — cet homme passionné et entièrement dévoué à son art,
« patrimoine vivant » ayant depuis longtemps dépassé l’âge de la retraite, ne résiste jamais au plaisir
de partager la passion de sa vie : la marqueterie. Dans son atelier, tout est merveille. Sitôt que l’on pousse la porte d’entrée, on bascule dans un univers intemporel, celui de l’ébénisterie d’art. L’odeur des bois, colles et vernis ; le reflet d’une lumière tamisée sur les antiques outils ; la vue de meubles anciens
démontés, démantibulés, en cours de restauration : tout porte à la beauté des gestes du métier, à la quiétude et au rêve d’élégance.
Hélas, plus pour longtemps. En mars prochain, l’atelier fermera définitivement ses portes.
La rue des Immeubles-Industriels, hier encore « cité idéale des artisans du meuble », perdra ainsi son dernier ébéniste et ce qui demeurait de son identité profonde. Construite en 1873 dans le but de relancer cette industrie sur des bases modernes, la rue comptait alors près de 200 ateliers, employant 2000
personnes. Dans les immenses sous-sols, une machinerie à vapeur digne d’un roman de Jules Verne alimentait les ateliers en énergie bon marché, facilitant la mécanisation et l’innovation. Mais la renaissance fut de courte durée. Dès l’entre-deux-guerres, l’artisanat commença un déclin qui ne fit que s’accélérer
durant les Trente Glorieuses. L’avènement de la société de consommation de masse, avide de produits vite achetés et vite détruits, aura eu raison de nos savoir-faire traditionnels. En réalité, la survivance de l’atelier Josnin jusqu’à aujourd’hui tenait du miracle. Lorsque Josnin cessera complètement son activité
(il est question qu’il conserve un petit atelier non loin d’ici), c’en sera fini de la marqueterie d’art pratiquée dans le faubourg Saint-Antoine depuis plus de trois siècles. Aux artistes de prendre la suite autrement !


Hervé Deguine*
* Auteur de « Rue des Immeubles-Industriels, Cité idéale des artisans du meuble, 1873-1914 ».
Éditions Bonaventure, 2015.