#172
Ce qui se trame

Exposition du 22 février au 2 mars 2024
Vernissage le mercredi 21 février de 18h à 21h

Tissage et Abstraction

Du mythe d’Arachné qui dénonçait les turpitudes de Zeus, en passant par la figure de Pénélope ou des bergers d’Arcadie, le tissage est synonyme de sagesse et de savoir.
Alternant ses fils de trames et ses chaînes de fils au point de croix, créant ses motifs de chevrons, de croix grecques, de carrés, d’alternances dans une variété presque infinie et répétitive, le pattern est posé. Il est inutile de chercher des modèles extra-européens, alors que de la Bretagne à la Bavière, de la Normandie à la Scandinavie, le tissage peut y prendre des formes modestes, entre tricot et dentelles et suffit ici à démontrer notre propos. Dès le XVIIIe siècle, l’invention des métiers mécaniques, puis programmables, inscrit le tissage dans la révolution industrielle et le design. Sa fonction abstraite, combien de lignes de trames pour combien de fils de chaines, autant que le dessin des petits carrés qui forment les cartes perforées qui roulent en un piano mécanique, inscrit le tissage entre art majeur et art mineur dans l’histoire de l’art abstrait. Le XXe siècle voit deux attitudes contradictoires se développer en réponse, l’une avec la figure de Raymond Duncan, le frère d’Isadora, qui appelle de ses voeux un retour à un artisanat ancestral grec; attitude très présente en France dès les années 1920, puis dans les années 1950 avec des figures aussi diverses que celles de Bissière, Manessier, Etienne Martin. Ou au contraire avec une recherche liée à l’industrialisation du design textile, à travers des figures aussi variées que celles de Anni Albers, de Sonia Delaunay ou de Maria Cuttoli, qui créent des tissus d’ameublement et des tapisseries, inscrits dans les différents mouvements modernistes, qu’ils soient Art Déco, Bauhaus, Années 50 ou Pop. Aujourd’hui la modélisation en DAO des motifs, de la dentelle en particulier, achève ces deux siècles de transformations artistiques et industrielles, alors que toutes les dentelles et autres sous-vêtements féminins sont créés, tissés ou imprimés par des robots inhumains et asexués. Sic Gloria Mundi Transit !
Alors l’artiste qui s’intéresse au tissage, prend son bâton de pèlerin et étonnant voyageur part à la recherche de nouveaux territoires, dont la machine n’aurait pas encore triomphé !

Weaving and Abstraction

Whether we think of the myth of Arachne, which denounced Zeus’ turpitudes, the figure of Penelope or the shepherds of Arcadia, weaving has always been synonymous with wisdom and knowledge. As weft and warp threads alternate in cross-stitch, creating patterns of herringbone, Greek crosses, squares and repetitive patterns of almost infinite variety, the motif is defined. There is no need to look for patterns outside Europe: from Brittany to Bavaria, Normandy or Scandinavia, weaving can take modest forms, whether it be in knitwear or lace, amply making the point. As early as the 18th century, the invention of mechanical and ultimately programmable looms made weaving play its partin the industrial revolution and design. Its abstract function - how many weft lines for how many warp threads as well as the design of the little squares of perforated cards that roll as they do in a player piano - places weaving between major and minor art in the history of abstract art. The twentieth century saw two contradictory attitudes develop in response to this. On the one hand the figure of Raymond Duncan, Isadora’s brother, called for a return to ancestral Greek craftsmanship, anattitude which was pervasive in France from the 1920s, and again in the 1950s with figures as diverse as Bissière, Manessier and Etienne Martin. On the other hand, a research approach linked to the industrialisation of textile design, was adopted by different figures such as Anni Albers, Sonia Delaunay or Maria Cuttoli, who created furnishing fabrics and tapestries following the various modernist movements, whether it be Art Deco, Bauhaus, the 50s or Pop. Today, CAD modelling of patterns, and of lace in particular, completes these two centuries of artistic and industrial transformation, with all lace and other women’s underwear being created, woven or printed by inhuman, asexual robots. Sic transit gloria mundi! So any artists interested in weaving must take up their pilgrim’s staff and set off on an unusual journey in search of new territories where machines have yet to take hold!

Le catalogue #172 en version pdf